Les trois pièces sélectionnées

Sylvain Levey, Aussi loin que la lune.

Le texte est comme un puzzle d'histoires singulières, qui parfois se croisent autour d'Abdul Samad, l'enfant syrien réfugié à Paris : Abdul Samad emmené à l'arrêt de bus par son frère et qui ne veut pas partir ;  l'histoire d'amour qui aurait pu avoir lieu entre un flic et la migrante qu'il conduit à un centre de rétention ; Jeanne, qui a acheté la maison du vieil Augustin parti en maison de retraite, et qui maintenant va s'installer ailleurs en Europe ; deux jeunes Guinéens recrutés pour le foot, avant d'être abandonnés à Paris ; Angèle, la Bretonne venue s'installer à la capitale dans les années 60 et qui rentre en Bretagne….
Des chapitres de contes (les escargots, les trois petits cochons...) s'intercalent, qui eux aussi nous parlent de partir ou d'être chassé...

Beaucoup de récit, parfois même dans les « dialogues », parfois à la place des dialogues, dans la langue de Levey à la fois simple, concrète et métaphorique. Les didascalies, très nombreuses, sont plus narrations qu'indications de plateau.

Il est question de la mondialisation et de ses migrations, différentes selon le pays d'où l'on vient, de l'humanité commune derrière tout cela. D'ailleurs, aucun personnage négatif n'est représenté…. Un très beau texte sur le sujet, qui soulève humainement les nombreux problèmes, sans s'appesantir, sans choisir de réponse.

Antonio Carmona, Maman a choisi la décapotable.

Deux sœurs partagent leur chambre, et vivent avec leur jeune nounou, Garance. Où sont les parents ? Lola, 8 ans, qui ne se souvient plus, pose des questions – et Prune, la grande sœur de 13 ans, tâche de la protéger. La nounou est amoureuse. Tout finit plutôt bien : l'amoureux de Garance accueille les trois le week-end, et le père, de nouveau amoureux et donc consolé, va rentrer. Prune l'ado est amoureuse.

Tout est donc question d'amour : qui naît, qui finit ; entre adultes, jeunes ou plus vieux, entre adolescents ; entre parents et enfants, ou entre sœurs, ou avec sa nounou…

Des scènes dialoguées alternent avec quelques monologues – et l'écoulement du temps reste implicite, le plus souvent. Des motifs  reviennent, comme dans la vie. Quelques didascalies suggèrent les lieux : la chambre, la cuisine, la cour de récréation, la classe, les trajets, « ailleurs »… La langue est jolie, à la fois très simple et poétique, pleine de tendresse.

Un « feel-good » texte, plein de tendresse et d'optimisme.

Jaime Chabaud – Des Larmes d'eau douce. (traduit de l'espagnol mexicain)

À Icuiricui, c'est la sécheresse depuis 3 ans. Mais une petite fille, Sofia, depuis que sa mère est morte, pleure des larmes d'eau douce. Son ami Felipe révèle son secret, et les adultes, son père, le maire, le curé, vont exploiter ces larmes à leur profit, quitte à provoquer les pleurs de la petite fille six heures par jour. La machine s'emballe et la petite fille finit par en mourir, totalement desséchée. Des années plus tard, sa grand-mère, qui a fui le village et vit en ermite, raconte…

La langue est très simple, parfois même répétitive. Le récit de la grand-mère alterne avec les dialogues des marionnettes qui « jouent » les autres personnages. Parmi les quelques indications scéniques qui précisent l'action nécessaire, la tapisserie de la grand-mère est une belle idée à rêver.


C'est une histoire très brève, simple comme un conte, pour représenter les conséquences dramatiques des catastrophes climatiques, la cruauté du monde des adultes, l'exploitation des enfants et  la course au profit….